Eyes Wide Shut, désirs masqués

EyesWideShut1

« William Harford, médecin, mène une paisible existence familiale. Jusqu’au jour où sa femme, Alice, lui avoue avoir eut le désir de le tromper quelques mois auparavant. »

J’ai eu un temps d’hésitation avant d’écrire cette critique plus ou moins casse gueule, me qualifiant comme étant un néophyte de la filmographie de Stanley Kubrick. J’ai certes, vu une grande partie des oeuvres majeures et fondatrices du mythe, mais beaucoup d’entres elles me sont encore inconnues à ce jour. Or, il me semble qu’il est indispensable de connaître parfaitement l’auteur pour pouvoir analyser et comprendre les moindres détails pouvant avoir une signification dans ses films. De ce fait, je vais sans aucun doute louper beaucoup de thématiques refaisant surfaces dans l’ensemble des oeuvres de Kubrick, un cercle vertueux pouvant être illustré comme un cahier gorgé de thématiques personnels et intimes propres à chaque cinéaste, qui ont cette habitude de les développer afin d’aboutir à une vision ou une finalité professionnelle qui leur est chère.

fantasme

Le film s’ouvre de manière à envoyer le spectateur dans une envolée lyrique où la beauté des corps nus des acteurs est mise en valeur, à l’aide d’un fond orchestral puissant louant ces corps d’apollon. Cependant, Kubrick s’efforce entre autre de mettre à nu littéralement et métaphoriquement ses personnages en les confrontant face à leurs hontes et leurs désirs les plus intimes. Pour cela, il utilise avec gourmandise énormément de plans séquences et de mouvements de caméra en une seule prise, dans le but de faire entrer les spectateurs dans l’intimité extrême des acteurs, effrayés et agonisant dans leur paranoïa du regard, de la tromperie et de la peur de leurs pulsions sexuelles pouvant à tout moment exploser. Le tout, soumis à une mise en scène naturelle et aérée de tout effet factice, tout en développant de manière crescendo une ambiance malsaine et déstabilisante, prônant pour un mutisme général perturbant.

Eyes-Wide-Shut

De plus, Kubrick parvient à créer une sensation de tension sexuelle omniprésente tout au long du film. Et pratiquement chaque scène possède sa propre allusion au sexe, atteignant son paroxysme à la secte. En effet, en étant attentif, on peut remarquer facilement ce détail très intéressant, qui est en corrélation directe avec le fond narré du film. Mais ironiquement, on remarque l’absence quasi totale de véritable rapport sexuel tout au long du film, si ce n’est des baisés, comme si l’acte paraissait en soi n’être que du dégoût aux yeux des acteurs. Or, la secte, sorte d’univers unique refermé sur le monde, est le seul endroit où le tabou parvient à être brisé car les personnages sont masqués, symbolisant la protection stricte de leurs anonymats. La peur et la hantise du regard de l’autre dans leurs ébats et leurs désirs les plus pervers sont ici dissipées. La scène du cauchemar du personnage de Nicole Kidman est d’ailleurs évocateur de cela. Une image d’un rêve sexuel évoquant la honte de se trouver nu, encore une fois dans les deux sens du termes, sans protection et impuissant devant des regards indiscrets et moqueurs qui ne s’arrêtent pas. La nécessité de poser des barrières et de se cacher derrière un masque pour dissimuler notre véritable fond. Se dégage ici la thématique d’une paranoïa aigu de tous les instants, symbolisée par une scène d’une intensité remarquable tant la mise en scène reste légère et vierge de tout effet. Celle-ci se place où Tom Cruise se retrouve traqué et dévisagé par un homme, suite à son intrusion dans la secte, l’affrontant d’un interminable regard gênant et étouffant. Le tout agrémenté par un montage sonore pesant et absolument prodigieux.

De succroît, la visite impromptue de Tom cruise au « bal masqué », événement tordu et effrayant dont on imagine réservé aux personnes les plus fortunés et influentes, le condamnera à des menaces de morts régulières pesant sur lui et sa famille. De ce fait, il se rend compte, impuissant et sans solution, que cette courte nuit vécue au sein de la secte aura, sans véritable assurance, des répercussions sur sa vie entière. Une métaphore et une allégorie toute trouvée et intelligente, car semblable à une rencontre amoureuse où l’histoire d’une nuit peut-être celle d’une vie.

Alice Harford : I do love you and you know there is something very important we need to do as soon as possible.

Dr. Bill Harford : What’s that?

Alice Harford : Fuck.

Ces toutes dernières lignes de dialogues sont par ailleurs extrêmement intéressantes. A ce moment final du film, on comprend que le rapport sexuel est le facteur clé quant à la stabilité d’une relation et la confiance absolue qu’elle nécessite, synonyme d’acceptation et de fusion, où le tabou et les regards gênants sont dissipés et inexistants, symbolisant une harmonie du couple amoureux des plus totale et prospère.

Kubrick met donc en image une sorte de psychanalyse du couple amoureux, en mettant en lumière nos craintes qu’un être aimé puisse connaître les aspects les plus intimes et les désirs pervers de notre personnalité, en jouant sur la symbolique du masque. Et en outre, il nous livre la nécessité et le combat quotidien de l’acceptation du regard de l’autre, et le dévouement corps et âme de soi à celle ou celui dont on est le plus proche. Ainsi, que le défi de combattre à tout instant nos propres pulsions sexuelles face à la tentation extérieure. Une oeuvre unique à la paranoïa démesurée, pour une analyse du couple amoureux d’un tout autre niveau de profondeur encore jamais atteint dans le 7ème art. En soi, Stanley Kubrick nous laisse orphelin depuis pratiquement 15 ans maintenant, mais nous offre avec Eyes Wide Shut un baroud d’honneur tout aussi malsain que fantastique pour clôturer une carrière cinématographique d’une portée sans limite.

Bannière-critique-Récupéré

Publicités

9 réflexions sur “Eyes Wide Shut, désirs masqués

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s