The Fountain, l’inception amoureuse

the-fountain-original

« The Fountain est une odyssée sur le combat millénaire d’un homme pour sauver la femme qu’il aime, mais aussi son voyage initiatique dans l’acceptation de la mort. »

Je me demande si je ne suis pas en train d’écrire un papier sur le film m’ayant le plus chagriné. Soyons directe, l’émotion ressentie lors du visionnage de l’oeuvre est unique et surtout bouleversante. Une sorte de voyage spirituel d’une originalité et d’une élégance visuelle sans limite à travers l’anatomie d’un des sentiments les plus puissants qu’un être puisse ressentir ; le sentiment amoureux, au service d’une analyse audacieuse de la mort, idée catalysant l’ensemble du scénario. Mais aussi toutes sortes de thématiques religieuses et existentielles qui ne sont, de mon interprétation, que de leviers pour appuyer les argumentaires autour d’une histoire d’amour éternelle et pure, et merveilleusement belle à son final. A contrario, je crois que cette expérience peut être expérimentée et perçue de façon intime et personnelle, le message étant universelle, ainsi qu’être assimilée selon nos propres perceptions des choses, nos idéaux et nos croyances individuelles. Une richesse s’adressant à la subjectivité de tous donc, à condition d’agréer à la forme particulière mais non moins passionnante du film. Et l’ensemble de ce contexte sous une bande originale aux envolées lyriques quasi orgastiques dont je crois n’avoir jamais entendu une qui transcende à ce point les images à l’écran. En effet, Clint Mansell nous secoue dans tous les sens à coup de partitions mélancoliques qui subliment l’image et divinisent la portée émotionnelle du film. En outre, la réalisation d’Aronofsky impressionne et ne laisse pas indifférente. La photo choisie est dans son ensemble plutôt froide, mais engloutie dans un amas de couleur orangé, très agréable à l’oeil ainsi que doux et chaleureux. Certaines scènes sont d’ailleurs d’une ambition vertigineuse ainsi que d’une beauté artistique exceptionnelle offrant des images aux visuels inédits encore jamais vues au cinéma.

the-fountain-stills13

« Death is a disease »
La construction narrative s’effectue de manière peu commune où est découpée trois histoires inter-connectées avec un objectif commun dans leurs quêtes. La première fera guise de fil conducteur du film. Tom, un scientifique, cherche par tous les moyens de trouver un traitement en mesure de guérir le cancer qui ronge sa femme, Isabel. La seconde tient place en Espagne au XVIeme siècle où le Grand Inquisiteur Silecio tente de contrôler le territoire de la Reine Isabelle, protégée par son conquistador. Et la dernière nous présente un Tom dans un état de méditation, une sorte de « conscience supérieure » qui lui est propre, voyageant dans l’espace au sein d’une nébuleuse avec un arbre malade. Les trois quêtes ont pour but commun de sauver l’être aimé d’une mort quasi inévitable, et pose la problématique de la recherche de la vie éternelle. Ce qui est intéressant dans le déroulement du procédé narratif, c’est que seule la trame de Tom le scientifique est réellement vraie. Celle du conquistador n’est qu’un résultat fictif, un film au sein du film, n’étant que la représentation de l’histoire d’un bouquin – The Fountain – écrit par Isabel, et destiné à être lu par son mari. De surcroît, le bouquin retrace le combat de manière représentatif que mène Tom face à la maladie de sa femme. Toute l’histoire narrée du conquistador et des autres personnages sont des allégories fictives de la réalité. Illustrons cela avec le Grand Inquisiteur qui n’est rien d’autre que la représentation physique du cancer d’Isabel. Le conquistador lui veut, à l’image de Tom cherchant un remède contre la mort, par dessus tout acquérir le secret de l’immortalité par le biais de la Fontaine de Jouvence. L’histoire du personnage dans l’espace lui n’est qu’une fresque mentale des pensées de Tom, faisant pont entre la réalité et l’histoire du conquistador. En outre celui étant possiblement le plus passionnant sur la forme comme sur le fond.

Capture d'écran 2014-08-01 14.49.34

« Finish it »
Le bouquin, élément cristallisant et déterminant dans le combat intérieur du personnage de Tom, à pour but unique de déclencher un processus d’acceptation de la mort. Une épopée initiatique dans la recherche d’une liberté et d’une plénitude totale, l’âme étant représenté comme enchaînée dans une prison de chair. Mais Tom est un scientifique rationnel n’ayant foie qu’aux vérités strictes de la science et il pense que la mort est une maladie qu’on peut guérir, défiant de ce fait les lois fondamentales de la nature humaine. Mais la mort inéluctable d’Isabel est à l’image d’une science impuissante et sans issue face à la faucheuse, qui n’est rien de plus qu’une évolution naturelle qui ne peut être stoppée. Puis Tom n’a plus que des flashs, des souvenirs d’un amour du passé englouti face à son obsession de guérir la maladie de sa femme. Son amour devient éphémère, presque un fardeau trop lourd à porter. Or, au delà des concepts utopiques et religieux formulés dans le récit, le tout n’est finalement qu’un message sous-jacent émettant l’idée que le sentiment amoureux doit être vécu et apprécié au jour le jour, sans se préoccuper d’un avenir incertain. Tom en prend conscience en écrivant la fin du bouquin, laissée intentionnellement vierge par sa femme pour qu’il puisse se faire à l’idée d’une acceptation de la mort afin d’apaiser son chagrin. Malgré tout, la fatalité qu’endure le couple est douloureuse à supporter et certaines scènes sont extrêmement tristes. Le spectateur ne peut que sentir de la compassion pour ces personnages, qui arrivent à créer entre eux une alchimie amoureuse grandiloquente et sublime. D’ailleurs, The Fountain est certainement le meilleur rôle de Hugh Jackman avec son film Prisoners sorti en 2013, et dont je recommande à tous. Le fait est qu’il est convaincant dans les trois personnages qu’il incarne.

The-Fountain-037

« I’m going to die »
Par ailleurs, le personnage en transe dans une bulle naviguant dans l’espace, celui étant le plus difficilement abordable, cherche à trouver une réponse dans un climax de calme absolu symbolisé par des exercices de relaxations avec toujours des éléments faisant échos à la réalité. L’arbre n’est rien d’autre que sa femme mourante personnifiée qu’il cherche désespérément à maintenir en vie jusqu’à ce qu’ils rejoignent Xibalba, une nébuleuse mourante faisant don de renaissance lorsqu’elle s’éteint selon les mythes Maya. Une thématique qui revient à plusieurs reprises dans le film, la mort devenant un acte de création où une nouvelle forme fait inexorablement place à l’ancienne, donnant une éternité à chaque chose. Une sorte de processus de « destruction-créatrice ». Bien que l’ensemble du scénario peut paraître nébuleux et extrêmement complexe, et plusieurs visionnages sont de ce fait absolument nécessaire pour relier tous les facteurs entre eux, l’ensemble jouit d’une cohérence abyssale où chaque élément possède sa propre explication et signification. Rien n’est laissé au hasard. Une oeuvre où chaque morceau est connecté les uns aux autres, formant une composante unique en parfaite symbiose.

the-fountain-5_188301-1920x1080

Regardez The Fountain, il le faut. Vous en ressortirez ébranlé et vidé devant une oeuvre métaphorique et spirituelle intime à la dimension universelle porteuse d’un message valeureux et au combien casse gueule, mais d’une beauté infinie. Une expérience émotionnelle à la grandeur et à la richesse démesurée pour un film qui n’aurait sans doute jamais dû exister suite aux contraintes budgétaires imposées par monsieur Hollywood, préférant comme toujours se contenter d’investir dans des projets peu risqués sans une once d’originalités et d’ambitions. Pour finir, The Fountain est probablement le plus beau film traitant du sentiment amoureux, délivrant sa propre vision de la mort, dans une forme peu commune et ingénieuse. Un chef-d’oeuvre méconnu qui mériterait d’acquérir sans l’ombre d’un doute une reconnaissance dithyrambique et éternelle dans le 7ème art.

The-Foutain-Critique

Publicités

5 réflexions sur “The Fountain, l’inception amoureuse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s